Inanna / Ishtar en vêtement d’ailes

Je reviens sur la figure représentée sur la Plaque Burney / Reine de la Nuit dont j’ai parlé brièvement dans mon précédant article. La première hypothèse d’une représentation de Lilith s’effondre sous les arguments des spécialistes au profit d’une Inanna / Ishtar aux pays des morts « en vêtement d’ailes ».

Sur la plaque susmentionnée, on peut observer un motif particulier, qui ressemble à des « écailles », sous les pieds (je devrais dire les serres) de la figure ailée. Il s’agit d’un motif conventionnel que les artistes de la Mésopotamie ancienne utilisaient pour représenter les montagnes.

Selon Thorkild Jacobsen (1), il s’agit plus exactement des sommets des montagnes de l’Est de la plaine mésopotamienne. Ces montagnes sont associées à Inanna puisque c’est sur le Kur-Mùsh, c’est à dire sur les crêtes des montages, que se situait sa maison d’origine.

Kur signifie montagne et mùš désigne la « crête », le « sommet ». Nous savons qu’Inanna venait de cet endroit grâce aux Épopées de Lugalbanda, d’Enmerkar et du Seigneur d’Aratta (2).

Or, d’après l’éminent assyriologue Samuel Noah Kramer, le terme sumérien pour « montagne » est Kur mais il désigne aussi le « pays des morts » (3).

Ceci est particulièrement intéressant car on peut y voir un lien avec les conclusions de Marie-Thérèse Barrelet dans son article « À propos d’une plaquette trouvée à Mari » (4).

Plaquette en coquille gravée d’une représentation de la déesse Ishtar se dévoilant. Vers 2500-2400 av JC. Découverte à Mari sur le Moyen-Euphrate (Syrie), dans les vestiges du Temple dédié à Ishtar. Visible au Louvre.

En effet, la figure ailée représentée sur la plaquette Burney est sans doute à rapprocher de celle en coquille trouvée à Mari dans les vestiges d’un temple dédié à Ishtar. Marie-Thérèse Barrelet voit dans ces représentations une Inanna/Ishtar aux enfers. Je cite :

La Descente d’Inanna / Ishtar est l’un des mythes fondamentaux de la Mésopotamie auquel la tradition resta fidèle à travers les millénaires. On y constate qu’après avoir pénétré dans le royaume de la mort, Ishtar a dû subir la loi de ce royaume : elle a été contrainte d’abandonner successivement ses vêtements, ses parures et même elle a perdu la vie pendant trois jours. La déesse a participé entièrement au sort des habitants de l’au-delà, ceux-là même dont les textes disent : « Ils sont vêtus comme les oiseaux d’un vêtement d’ailes » (5). Dès lors il n’est pas étonnant que l’iconographie ait représenté Ishtar aux Enfers, nue, dépouillée de ses vêtements terrestres (6) et portant le « vêtement d’ailes » des morts d’abord suggéré par une draperie flottante, puis par des ailes véritables qui cependant tomberont toujours des épaules comme une cape.

Nous connaissions une Ishtar déesse de l’amour et une Ishtar armée, déesse de la guerre. A ces deux formes si différentes il faut peut-être maintenant ajouter — nouvelle hypostase — une Ishtar aux Enfers désignée par sa nudité et son « vêtement d’ailes » (7).

À noter que le personnage sur la coquille semble porter une cape-manteau à deux rangs de kaunakès. Le kaunakès est un vêtement sumérien en tissu ou en fourrure à mèches figurant des pétales ou des plumes. Certains y voient un costume de cérémonie mais rien n’est certain.

(1) In Figurative language in the ancient Near East.

(2) Voir C.Wilcke, Das Lugalbanda epos (1969), 244–296.

(3) Samuel Noah Kramer, L’Histoire commence à Sumer, éditions Flammarion, Champs histoire. P. 234.

(4) Marie-Thérèse Barrelet, À propos d’une plaquette trouvée à Mari, in Syria. Tome 29 fascicule 3-4, 1952. pp. 285-293.

(5) CT, 15. K 162, p. 45, ligne 10. Cette même formule se retrouve d’ailleurs dans bien d’autres textes.

(6) Ce dépouillement progressif expliquerait peut-être de légères différences dans la représentation de la déesse ailée, certaines étant figurées avant ou après l’abandon des emblèmes ou des bijoux. La déesse Burney, par exemple, tient dans chaque main le cercle et le bâton, alors que la déesse AO. 6501 qui lui est si semblable, a nettement les mains vides.

(7) Les serres d’oiseau seraient aussi l’une des caractéristiques des morts. Il y a, en effet, dans les collections du Louvre, une plaquette de terre cuite (AO. 8823) représentant un dieu mort, serré dans des bandelettes. Il est coiffé de la tiare à cornes, tient en chaque main une harpe et la ressemblance avec l’Osiris égyptien s’impose. Or les pieds de ce dieu sont remplacés par des serres d’oiseau absolument identiques à celles de la déesse nue.

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Une réflexion sur “Inanna / Ishtar en vêtement d’ailes

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