Lilith, qui es-tu ?

Pour tenter de donner une réponse, j’ai eu envie de traduire l’introduction du chapitre dédié à Lilith dans le livre The Hebrew Goddess de Raphael Patai.

Aucune démone n’a jamais eu une carrière aussi fantastique que celle de Lilith, partant des plus basses origines.

  • Elle fut un échec en tant que femme destinée à Adam,
  • elle devint l’amante d’esprits lascifs,
  • elle s’éleva pour devenir l’épouse de Samaël le Roi démon,
  • elle gouverna en tant que Reine de Zemargad et Sheba,
  • et enfin elle termina en tant que compagne de Dieu Lui-même.

Les principales caractéristiques de la biographie mythique de Lilith apparurent tout d’abord dans la culture sumérienne aux environs de la moitié du IIIème millénaire avant JC. On ne peut que supposer ce qu’Elle signifiait pour les Hébreux de la Bible, mais durant l’époque talmudique (IIème au Vème siècle de notre ère) elle fut  pleinement développée comme démone maléfique. Pendant la période Kabbalistique (du XIIIème au XVIème siècle), elle s’éleva au rang élevé de reine consort aux côtés de Dieu.

Je présente ici les titres des sous-chapitres traités dans le livre de Raphael Patai. Je les traduirai au fil du temps et au gré de mes envies. Le sous-chapitre sur Les Deux Liliths a déjà été traduit. Je reviendrai créer des liens au fur et à mesure de l’avancée de mes traductions. Si le sujet vous intéresse n’oubliez pas de book-marker l’article, ou mieux, de suivre mon fil rss !

  • Le Contexte
  • La Lilith Talmudique
  • Lilith des bols
  • La Naissance de Lilith
  • Lilith et les Chérubim
  • Lilith et Adam
  • Lilith la Succube
  • Lilith l’infanticide
  • Lilith et Naamah
  • Lilith et Samaël
  • Les Deux Liliths
  • Le Triomphe et la fin de Lilith
  • Conclusion
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La flèche de Lilith, une pierre céleste guérisseuse

Dans le Talmud de Babylone (Séder Nashim : Mas. Gittin 69b), nous pouvons lire :

« Pour le gira il doit prendre une Flèche de Lilith et la placer pointe vers le haut [dans un gobelet] et verser l’eau dessus et boire cette eau. »

D’après les commentaires de la version en ma possession « Complete babylonian talmud in one volume », le mot Gira désigne peut-être une sorte de fièvre. Quant à la Flèche de Lilith, elle serait probablement un genre de pierre météorique.

Il semble qu’en 1927 les archéologues anglais John Garstang et Edward Robinson aient trouvé des « flèches de Lilith » sur le site présumé de l’ancienne Ascalon : de petites météorites tétraédriques de couleur noire. J’ai cherché, et je cherche encore, une source bibliographique qui me confirmerait cette information trouvée sur le net et qui la préciserait. J’aimerai notamment connaitre la strate dans laquelle elles ont été découvertes.

Cette flèche de Lilith est sans doute à rapprocher des bétyles, les pierres sacrées tombées du ciel des anciens sémites, d’une tout autre dimension puisqu’il semblerait s’agir de pierre dressée, symbole Bétyle viendrait de l’hébreu Beth-El qui signifie littéralement la maison de dieu (cf. L’histoire de l’échelle de Jacob dans le Livre de la Genèse 28:11-19).

On retrouve ce culte des pierres météorites, réelles ou supposées comme telles, chez de nombreux peuples de l’Antiquité : notamment les Grecs (Omphalos, Hermaï, la pierre noire de Pessinonte), les Romains (le Lapis Niger de Rome, les boucliers des Saliens) ainsi que chez les Musulmans (la pierre noire de la Kaaba).

Ces bétyles furent assimilées par les peuples sémites aux aérolithes, petites météorites, ou « pierre de foudre ». Il est tout à fait envisageable de voir dans les Flèches de Lilith des « pierres de foudre ». C’est d’autant plus amusant car certains auteurs parlent de la Lilith mésopotamienne en terme de démon de l’orage [je reviendrai citer mes sources dès que je les aurai retrouvées].

Ce type particulier de météorites en forme de flèche, telle qu’est décrite la flèche de Lilith par les commentateurs du Talmud, était utilisé dans des pratiques magiques sémites relativement récentes (?) pour bannir ou détruire les goules et autres djinns malfaisants. Dans ce contexte aussi, bien que différent, ces pierres sont bienfaitrices. Elles sont appelées « shahâb » en persan : شهاب-۳‎, et « shihab » en arabe, ce qui signifie simplement « météore ». Hélas, je ne suis pas parvenue à trouver des sources écrites fiables sur le sujet.

Elles font référence à la Sourate 72:8 et 9 et donc aux anges qui protègeraient les secrets du paradis en jetant des météores ou étoiles filantes sur les djinns curieux.

À noter que la goule, de l’arabe الغول al-ghûl, le « démon », est une créature malfaisante du folklore arabe et perse que l’on classe parmi les djinns. Elles apparaissent d’ailleurs dans le Livre des Mille et Une Nuits, ألف ليلة وليلة, .

Leur apparence est changeante, et ce qui est intéressant ici, c’est qu’elles peuvent prendre la forme de hyène et de femme mais qu’elles gardent leurs pieds fourchus. Autant de références à Lilith.

 » Les chats sauvages [du désert] y rencontreront les hyènes, les satyres s’y répondront. Et là aussi s’installera Lilith : elle y trouvera le repos. « 

Isaïe 34:14. (Traduction Œcuménique de la Bible (TOB) en ligne)

À préciser que les différents traducteurs ne s’entendent pas toujours sur les créatures citées. Mais ceci fera l’objet d’un futur article.

Dans la traduction non expurgée des Mille et Une Nuits du Capitaine Richard Francis Burton, l’une des histoires évoque un monstre femelle du désert, qui dévore de la chaire humaine. En note de bas de page, il écrit :

« La Ghulah (féminin de Ghul) est la Lilith Hébraïque ou Lilis ; la classique Lamia ; la Yogini et Dakini Hindoues ; l’Utug et Gigim Chaldéennes (démons-du-désert) en opposition aux Mas (démon-des-collines) et Telal (qui vole dans les villes) ; l’Ogresse de nos contes et la Baba-Yaga (Grand-Mère-Sorcière) du folklore Russe. Étymologiquement, « Ghul » est une calamité, une peur panique ; et le monstre est évidemment l’horreur incarnée des tombes et des cimetières. […] La Ghul femelle apparait aux hommes dans les déserts, sous différentes formes, conversent avec eux et parfois se prostituent. »

Les connexions entre ces pierres, le feu du ciel et Lilith sont nombreuses et fascinantes. Elles donnent beaucoup de grains à moudre et ouvrent la voie de nouvelles explorations. Une chose est sûre les étoiles tombées du ciel ont toujours inspiré les hommes ainsi que leurs pratiques magico-religieuses.

Voilà ce à quoi pourrait ressembler la flèche de Lilith citée dans le Talmud de Babylone.

Références :

  • Complete babylonian talmud in one volume.
  • Pierres magiques : bétyles, haches-talismans et pierre de foudre par P. Saintyves, 1936.
  • Le culte des bétyles et les processions religieuses chez les Arabes préislamites par Henri Lammens, 1920.
  • L’article Wikipédia sur Les Mille et Une Nuits.
  • L’article Wikipédia sur les Goules.
  • L’article Wikipédia sur le bétyle.
  • La Traduction Œcuménique de la Bible en Ligne.
  • La Sourate 72 : 8 et 9.
  • Heavenly Bridegrooms par Ida Craddock, 1895.

Et un grand merci au Conservateur du Surnateum