La grotte de Lilith

Cela faisait un bon moment que je guettais l’arrivée dans ma boîte aux lettres du livre : Lilith’s Cave, jewish tales of the supernatural. Il s’agit d’un recueil de contes folkloriques juifs choisis et remaniés par Howard Schwartz. J’étais très impatiente de le recevoir, j’avais déjà beaucoup aimé dans le même esprit la Légende des Juifs par Louis Ginzberg (on peut lire le premier tome gratuitement à cette adresse, il est aussi disponible sur Scribd). J’ai pris une photo de l’un des contes. Je pense qu’il est assez lisible pour les lecteurs curieux et bilingue. De toute façon, je prendrais sûrement plaisir à choisir et traduire quelques contes très prochainement !

Ne jamais rester superficiel en se fiant à une couverture un peu triste !

Cliquez sur l’image, l’histoire est relativement lisible.

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Lilith, qui es-tu ?

Pour tenter de donner une réponse, j’ai eu envie de traduire l’introduction du chapitre dédié à Lilith dans le livre The Hebrew Goddess de Raphael Patai.

Aucune démone n’a jamais eu une carrière aussi fantastique que celle de Lilith, partant des plus basses origines.

  • Elle fut un échec en tant que femme destinée à Adam,
  • elle devint l’amante d’esprits lascifs,
  • elle s’éleva pour devenir l’épouse de Samaël le Roi démon,
  • elle gouverna en tant que Reine de Zemargad et Sheba,
  • et enfin elle termina en tant que compagne de Dieu Lui-même.

Les principales caractéristiques de la biographie mythique de Lilith apparurent tout d’abord dans la culture sumérienne aux environs de la moitié du IIIème millénaire avant JC. On ne peut que supposer ce qu’Elle signifiait pour les Hébreux de la Bible, mais durant l’époque talmudique (IIème au Vème siècle de notre ère) elle fut  pleinement développée comme démone maléfique. Pendant la période Kabbalistique (du XIIIème au XVIème siècle), elle s’éleva au rang élevé de reine consort aux côtés de Dieu.

Je présente ici les titres des sous-chapitres traités dans le livre de Raphael Patai. Je les traduirai au fil du temps et au gré de mes envies. Le sous-chapitre sur Les Deux Liliths a déjà été traduit. Je reviendrai créer des liens au fur et à mesure de l’avancée de mes traductions. Si le sujet vous intéresse n’oubliez pas de book-marker l’article, ou mieux, de suivre mon fil rss !

  • Le Contexte
  • La Lilith Talmudique
  • Lilith des bols
  • La Naissance de Lilith
  • Lilith et les Chérubim
  • Lilith et Adam
  • Lilith la Succube
  • Lilith l’infanticide
  • Lilith et Naamah
  • Lilith et Samaël
  • Les Deux Liliths
  • Le Triomphe et la fin de Lilith
  • Conclusion

Inanna / Ishtar en vêtement d’ailes

Je reviens sur la figure représentée sur la Plaque Burney / Reine de la Nuit dont j’ai parlé brièvement dans mon précédant article. La première hypothèse d’une représentation de Lilith s’effondre sous les arguments des spécialistes au profit d’une Inanna / Ishtar aux pays des morts « en vêtement d’ailes ».

Sur la plaque susmentionnée, on peut observer un motif particulier, qui ressemble à des « écailles », sous les pieds (je devrais dire les serres) de la figure ailée. Il s’agit d’un motif conventionnel que les artistes de la Mésopotamie ancienne utilisaient pour représenter les montagnes.

Selon Thorkild Jacobsen (1), il s’agit plus exactement des sommets des montagnes de l’Est de la plaine mésopotamienne. Ces montagnes sont associées à Inanna puisque c’est sur le Kur-Mùsh, c’est à dire sur les crêtes des montages, que se situait sa maison d’origine.

Kur signifie montagne et mùš désigne la « crête », le « sommet ». Nous savons qu’Inanna venait de cet endroit grâce aux Épopées de Lugalbanda, d’Enmerkar et du Seigneur d’Aratta (2).

Or, d’après l’éminent assyriologue Samuel Noah Kramer, le terme sumérien pour « montagne » est Kur mais il désigne aussi le « pays des morts » (3).

Ceci est particulièrement intéressant car on peut y voir un lien avec les conclusions de Marie-Thérèse Barrelet dans son article « À propos d’une plaquette trouvée à Mari » (4).

Plaquette en coquille gravée d’une représentation de la déesse Ishtar se dévoilant. Vers 2500-2400 av JC. Découverte à Mari sur le Moyen-Euphrate (Syrie), dans les vestiges du Temple dédié à Ishtar. Visible au Louvre.

En effet, la figure ailée représentée sur la plaquette Burney est sans doute à rapprocher de celle en coquille trouvée à Mari dans les vestiges d’un temple dédié à Ishtar. Marie-Thérèse Barrelet voit dans ces représentations une Inanna/Ishtar aux enfers. Je cite :

La Descente d’Inanna / Ishtar est l’un des mythes fondamentaux de la Mésopotamie auquel la tradition resta fidèle à travers les millénaires. On y constate qu’après avoir pénétré dans le royaume de la mort, Ishtar a dû subir la loi de ce royaume : elle a été contrainte d’abandonner successivement ses vêtements, ses parures et même elle a perdu la vie pendant trois jours. La déesse a participé entièrement au sort des habitants de l’au-delà, ceux-là même dont les textes disent : « Ils sont vêtus comme les oiseaux d’un vêtement d’ailes » (5). Dès lors il n’est pas étonnant que l’iconographie ait représenté Ishtar aux Enfers, nue, dépouillée de ses vêtements terrestres (6) et portant le « vêtement d’ailes » des morts d’abord suggéré par une draperie flottante, puis par des ailes véritables qui cependant tomberont toujours des épaules comme une cape.

Nous connaissions une Ishtar déesse de l’amour et une Ishtar armée, déesse de la guerre. A ces deux formes si différentes il faut peut-être maintenant ajouter — nouvelle hypostase — une Ishtar aux Enfers désignée par sa nudité et son « vêtement d’ailes » (7).

À noter que le personnage sur la coquille semble porter une cape-manteau à deux rangs de kaunakès. Le kaunakès est un vêtement sumérien en tissu ou en fourrure à mèches figurant des pétales ou des plumes. Certains y voient un costume de cérémonie mais rien n’est certain.

(1) In Figurative language in the ancient Near East.

(2) Voir C.Wilcke, Das Lugalbanda epos (1969), 244–296.

(3) Samuel Noah Kramer, L’Histoire commence à Sumer, éditions Flammarion, Champs histoire. P. 234.

(4) Marie-Thérèse Barrelet, À propos d’une plaquette trouvée à Mari, in Syria. Tome 29 fascicule 3-4, 1952. pp. 285-293.

(5) CT, 15. K 162, p. 45, ligne 10. Cette même formule se retrouve d’ailleurs dans bien d’autres textes.

(6) Ce dépouillement progressif expliquerait peut-être de légères différences dans la représentation de la déesse ailée, certaines étant figurées avant ou après l’abandon des emblèmes ou des bijoux. La déesse Burney, par exemple, tient dans chaque main le cercle et le bâton, alors que la déesse AO. 6501 qui lui est si semblable, a nettement les mains vides.

(7) Les serres d’oiseau seraient aussi l’une des caractéristiques des morts. Il y a, en effet, dans les collections du Louvre, une plaquette de terre cuite (AO. 8823) représentant un dieu mort, serré dans des bandelettes. Il est coiffé de la tiare à cornes, tient en chaque main une harpe et la ressemblance avec l’Osiris égyptien s’impose. Or les pieds de ce dieu sont remplacés par des serres d’oiseau absolument identiques à celles de la déesse nue.

Inanna / Ishtar, la Reine de la Nuit

Dans un article précédant, j’ai parlé de la Plaque Burney ou autrement nommée « Reine de la Nuit ». Si certains voient Lilith dans cette représentation, il semblerait que les spécialistes ne soient pas du même avis. Voici un résumé des propos très parlants de Thorkild Jacobsen, in Pictures and Pictorial Language (The Burney
Relief), tiré du livre Figurative language in the ancient Near East.

  1. La taille du relief suggère qu’il s’agit d’un relief dédié au culte. Puisque les mésopotamiens ne vouaient aucun culte aux démons, il est donc peu probable que la figure représentée soit un démon… Et donc, il ne peut s’agir de Lilith.
  2. La couronne cornue à quatre niveaux suggère une déité majeure.
  3. Les lions suggèrent Inanna, puisqu’elle est la seule déesse associée aux lions.
  4. Le motif conventionnel représente les montagnes, ce qui renvoie à la maison d’Inanna : la crête des montagnes de l’Est.
  5. Le bâton et le cercle qu’elle tient dans ses mains concordent avec la description faite de la déesse dans le mythe de la Descente d’Inanna.
  6. Ainsi que le collier qu’elle porte.
  7. Enfin, les chouettes, les ailes et les serres d’oiseaux de la figure montrent qu’Inanna est représentée sous son aspect de Déesse-Chouette et déesse des courtisanes, Ninnina, ou Kilili en akkadien.

Je détaillerai chaque point dans différents articles pour pouvoir rester dans des formats courts, adaptés au web.

Les Deux Lilith : Lilith l’Aînée, Lilith la Jeune

Les Deux Lilith. Extrait du chapitre X du livre The Hebrew Goddess par Raphaël Patai. Third enlarged edition. Traduction, Arad-Ishtar.

L’idée qu’il existe de nombreuses Lilith est, comme nous l’avons vu, très ancienne. Dans les textes d’incantation Babyloniens, des Lili-s mâles apparaissent, en sus des Lilith femelles, et sont les héritiers des démons mâles et femelles sumériens du IIIème millénaire avant JC, du même nom. Néanmoins, il restait aux Kabbalistes du XIIIème siècle à scinder en deux la personne de Lilith elle-même et à faire la distinction entre l’Aînée et la Jeune.

Dans les écrits de R. Isaac Hacohen, le Kabbaliste espagnol qui prospéra à la moitié du XIIIème siècle, nous lisons que la Lilith qui naquit androgyne avec Samaël et qui devint la femme de ce « Grand Prince et Grand Roi des démons », est Lilith l’Aînée. En plus de Samaël, d’autres démons partagent le lit de cette Lilith Aînée qui est (et c’est le plus remarquable) « une échelle sur laquelle on peut monter les échelons de la prophétie ». Cela ne signifie qu’une chose : Lilith peut aider ceux qu’Elle préfère (ou qui gagnent la maîtrise sur Elle) pour s’élever vers les pouvoirs prophétiques ou les atteindre effectivement.

Qafsefoni est une autre figure numineuse introduite dans cette mythologie. Le Prince des Cieux, dont la femme est Mehetabel, la fille de Matred83. La fille de ce couple mystérieux est Lilith la Jeune. Il semble cependant y avoir quelques confusions entre Lilith la Jeune et Lilith l’Aînée, parce que c’est cette dernière qui est appelée Tzefonit (« Celle qui réside au Nord »), qui ferait d’elle, et non pas Lilith la Jeune, la fille de Qafsefoni : « Sachez que toutes jalousie et altercations entre les Princes de la Querelle et les Princes de la Paix… sont le fait de Samaël et de Lilith, qui est appelée Habitante du Nord (Tzefonit), comme il l’est écrit, « C’est du Nord que le Mal doit éclater. »84. Tout deux (Samaël et Lilith) sont nés spirituellement en tant qu’androgynes, correspondant à Adam et Ève – le dessus et le dessous des deux figures jumelles. Et Samaël et Lilith l’Aînée, qui est la même que Tzefonit, sont désignés comme l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal… »85

Le même auteur de la moitié du XIIIème siècle, Isaac HaCohen, affirme également « qu’en de rares occasions Qaftzefoni s’accouple avec une créature dont le nom est Lilidhta, lui obéit et l’aime, » qui ressemble de façon mystérieuse à Hagar l’Égyptienne ; mais il ne peut être établi que cette Lilidtha est identique à la propre fille de Qaftzefoni, Lilith la Jeune.

Lilith la Jeune devint l’épouse d’Ashmodai, le Roi des démons, et de cette union naquit le grand prince Harba di Ashm’dai (« l’Epée d’Ashmodai »), qui règne sur 80000 démons de la destruction et de nombreux autres démons de même lignée. Cependant, « Lilith la Jeune, qui a la forme d’une belle jeune femme de la tête au nombril, est un feu violent du nombril vers le bas – telle mère telle fille – » suscita le désir de Samaël. Ceci causa une vive jalousie entre Samaël et Ashmodai ainsi que des combats incessants entre Lilith la Jeune et l’épouse de Samaël, Lilith l’Aînée.86

Quelques trois siècles après Isaac HaCohen, Moïse Cordovero (I522-I570), à la tête des Kabbalistes de Safed, reparle du mythe des deux Lilith en ajoutant quelques détails intéressants : Lilith l’Aînée, dit-il, dispose de 480 bandes de démons sous son commandement, le nombre provient de la valeur numérique des lettres L Y L Y T (30, 10, 30, 10, 400) formant le nom de Lilith. Le jour du Grand Pardon, Lilith l’Aînée marche dans le désert, et en tant que démon des hurlements – son nom provient du verbe Y L L, crier – et passe la journée là à crier. Samaël, cependant, a aussi une concubine nommée Mahalath la fille d’Ishmaël87. Elle a à sa disposition 478 bandes de démons – à nouveau les lettres de son nom donne la clef de ce nombre (M H L T = 40, 8, 30, 400) – et « elle va et chante une chanson et un hymne dans la Langue Sainte. Et lorsque les deux se rencontrent, elles se combattent, le jour du Grand Pardon, là dans le désert, et elles se raillent l’une l’autre, jusqu’à ce que leurs voix s’élèvent dans les cieux et la terre tremble sous leurs hurlements. Et tout cela est arrangé par Dieu pour qu’elles ne puissent pas porter des accusations contre Israël [le jour du Grand Pardon]…

Lilith la Jeune est aidée dans son combat contre Lilith l’Aînée par sa propre mère Mehetabel88.

Le motif mythologique d’inimitié entre Lilith et ses suivantes-démones, et l’avantage résultant pour Israël le jour du Grand Pardon, est également traité par d’autres Kabbalistes du XVIème siècle. Abraham Galente (mort en 1560 ou 1588), un Kabbaliste important de Safed et contemporain de Moïse Cordovero, raconte l’histoire entière de la rencontre annuelle dans le désert entre Lilith et Mahalath, mais donne une caractérisation quelque peu différente des deux démones principales : Mahalath, selon lui, monte par son nom qu’elle a été une danseuse compulsive : tandis qu’elle marche dans le désert à la tête de ses bandes d’anges destructeurs, « elle va et danse et tournoie » jusqu’à ce qu’elle et Lilith tombent l’une sur l’autre et mènent un combat acharné89.

Les bandes de Lilith, et sans doute Lilith elle-même, étaient imaginées à cette période comme étant couvertes de poils de la tête aux pieds, incluant les visages, mais avec le crâne chauve. Leurs quatorze noms provenaient directement de textes incantatoires plus anciens90, sont : Lilin, Abito, Abizo, Amo(z)rpho, Haqash, Odam, (I)kephido, Ailo, Tatrota, Abniqta, Shatrina, Kalubtza, Tiltoi, Pirtsha91.

Mais pour en revenir aux deux Lilith, cette idée est mise en avant sous une forme différente par Hayyim Vital (1543-1620), un Kabbaliste de Safed et disciple principal d’Isaac Luria. Il explique que la « Lilith à la nuque raide » originale était le « costume », qui est l’enveloppe, la part extérieure et mauvaise d’Ève, la femme d’Adam. Mais il poursuit en disant, « il y a une Lilith encore plus externe (c’est à dire, plus mauvaise), qui est la femme de Samaël. » Par la suite, ce n’est pas clair, est-ce que Vital parle de la première ou seconde Lilith lorsqu’il dit que « c’était un ange qui a été chassé des cieux et qui a été nommé « la flamme de l’épée tournoyante »92, c’est à la fois un ange et un démon appelé Lilith. Et puisque la femme règne sur la nuit, et les démons aussi, elle est appelée Lilith (c’est à dire la « Nocturne »)93.

La notion selon laquelle Lilith règne la nuit remonte au Zohar où l’expression Biblique « terreurs nocturnes » (pahad ba-leloth)94 est explicitée comme étant : « Samaël et sa femelle », c’est à dire Lilith95. Ce qui est plus intéressant, cependant, dans la pensée de Vital, c’est qu’il voyait la Lilith et l’ange comme interchangeables, comme apparaissant une fois sous la forme de l’un, une fois sous la forme de l’autre, comme rendus tangibles par la flamme de l’épée tournoyante. Nous devons rappeler que dans des textes incantatoires de Nippur datant du VIème siècle de notre ère, le même numen est appelé une fois « Lilith Buznai » et une autre fois « ange Buznai »96. La même idée est sous-entendue dans un passage contenu dans la littérature Zoharique elle-même qui se lit : « Venez et Voyez : la Shekhina est parfois appelée la Mère, parfois la Femme-Esclave (c’est à dire Lilith), et parfois la Fille du Roi. »97

En d’autres mots, les circonstances déterminent si une seule et même essence divine féminine prend la forme d’un numen bon ou mauvais. Et, puisque les circonstances changent constamment, la déesse apparaît une fois comme bonne, une autre comme mauvaise. Dans une formulation différente de l’idée, Lilith apparaît comme la « nudité » de la Shekina, dont l’aspect prédomine à l’époque de l’exil d’Israël : « Lorsque Israël fut exilé, la Shekhina partit aussi en exil, et c’est la nudité de la Shekhina. Et cette nudité est Lilith, la mère d’une multitude mélangée. »98

  1. Cf. Genèse 36:39

  2. Jérémie 1:14.

  3. Cf. G. Scholem, Tarzbitz, vol. 5

  4. Cf. Scholem, « Kabbaloth R. Ya’aqobh weR. Yitzhaq. » Madda’e haYahaduth, vol. II, Jerusalem, 1927, pp. 251, 255, 255, 258, 260-1. Cette jalousie dans la famille des divinités mauvaises reflète celle que la Déesse Mère éprouve lorsqu’elle voit l’amour infini que Dieu le Père ressent pour leur fille la Matronite, cf. ci-dessus pp. 126-27.

  5. Cf. Genèse 28:9.

  6. Moïse Cordovero, Pardes Rimmonim, Cracow, 1591, Gate 25, ch. 5, p. 186d ; Gate 26, ch. 8, pp. 188d.

  7. Abraham Galante, Sefer Qol Bokkim, Venise, 1589, p. 15, aux Lamentations 1:5.

  8. Cf. ci-dessus, p. 227

  9. Emeq haMelekh, 140b.

  10. Genèse 3:34

  11. Hayyim Vital, Sefer Etz Hayyim, Koretz, 1784, p. 129d

  12. Cant. 3:8

  13. Zohar ii. 163b

  14. Cf. ci-dessus, p. 228

  15. Zohar Hadash Tiqqunim, Warsaw : Lewin-Epstein, no date, p.117a top.

  16. Zohar i. 27b

 Lilith la Jeune, qui a la forme d'une belle jeune femme de la tête au nombril, est un feu violent du nombril vers le bas

Lilith la Jeune, qui a la forme d’une belle jeune femme de la tête au nombril, est un feu violent du nombril vers le bas

Lilith, l’épouse de Dieu ?

Ce texte est à l’origine extrait du Zohar [3:69a]. C’est probablement une très mauvaise idée de ma part que d’avoir traduit une traduction (en anglais, Raphael Patai, in The Hebrew Goddess). Mais je pense qu’il s’écoulera un certain temps avant que je ne maitrise parfaitement l’araméen et puisse lire le Livre des Splendeurs (Sefer Ha Zohar) dans le texte. Et encore davantage pour étudier en profondeur le judaïsme et sa mystique. À noter que cet extrait n’est pas à prendre au sens littéral et qu’il recèle une foule d’images pour parler de concepts spirituels. Est-ce que l’interprétation femme-esclave = Lilith a du sens ou est-ce juste un délire ?

Un jour, les compagnons marchaient avec Rabbi Shim’on Bar Yohai. Rabbi Shim’on déclara : « Nous voyons que toutes ces nations se sont élevées, et Israël est la plus inférieure d’entre elles. Pourquoi cela ? Parce que le Roi [Dieu] renvoya, loin de Lui, la Matronite, et prit à Sa place la femme esclave [Lilith]. Pourquoi cette femme esclave ? La Couronne Étrangère, dont premier-né du Très Saint, béni soit-il, fut tuer en Egypte. Au début, elle s’est assise derrière le moulin à bras, et maintenant cette femme esclave hérite de la place de sa maîtresse. » Et Rabbi Shim’on pleura et dit : « Le Roi sans la Matronite n’est plus appelé roi. Le Roi qui a suivi la femme esclave, la servante de la Matronite, où est son honneur ? Il a perdu la Matronite et S’est lié à la place à celle qui est appelée femme esclave. Cette femme esclave était destinée à régner sur la Terre Sainte du dessous, comme la Matronite régissait autrefois celle du dessus. Mais le Très Saint, béni soit-Il, finira par ramener la Matronite à sa place, comme avant. Et alors, quelle sera la réjouissance ? Dites-moi, la réjouissance du Roi et la réjouissance de la Matronite. La réjouissance du Roi parce qu’Il retournera à elle et se séparera de la femme esclave, et la réjouissance de la Matronite, parce qu’elle retournera à son couple avec le Roi. 

Lilith : De Certaines Théories Juives

Par Baphomet (Aleister Crowley), extrait De Arte Magica

XIII

De Certaines Théories Juives

Parmi les juifs, il y a certains Initiés instruits en leur Qabalah qui maintiennent, ainsi que Nous le comprenons, que dans le Zraa ou la Semence réside une force créatrice inhérente que l’on ne peut ignorer. Ainsi disent-ils qu’avant qu’Eve ne soit faite, les rêves d’Adam produisirent Lilith, un démon, & que de ses relations avec elle les races du mal furent produites. Ainsi, minent-ils les Routes du Havre de l’amour conjugal avec beaucoup de restrictions ; comme celles-ci (1) il (l’amour conjugal) doit être un acte saint, précédé d’ablutions & de prières (2) toutes les pensées lubriques doivent être rigoureusement exclues (3) le but doit être seulement celui de la procréation (4) la bénédiction de Dieu doit être humblement invoquée, pour qu’ainsi l’enfant soit sous Sa protection particulière. Dans un autre langage, voici leur théorie : l’acte d’amour produit un désordre magique dans l’Ether d’Akasa d’une nature telle qu’il attire ou crée un esprit humain désincarné. Tout autre acte sexuel qui implique l’émission de semence attire ou crée donc d’autres esprits, incomplets & par conséquent malins. Ainsi, les pollutions nocturnes apportent des succubi, qui sont doués d’une existence séparée & qui peuvent vampiriser leur créateur. Mais des actes volontairement stériles créent des démons, & (si cela est fait avec concentration & une intention magique), des démons tels qu’ils peuvent favoriser cette intention. Ainsi, comme Levi en témoigne, pour greffer un arbre avec succès, le greffon est fixé par une femme quand l’homme copule avec elle per vas nefanum. Nous narrons également pour le bien de l’achèvement de leur méthode – perfectionnée par des Adeptes modernes – & faisons ici honneur & rendons grâce au nom de Notre Soeur-laïque Ida Nelidoff – pour atteindre l’extase spirituelle par des moyens sexuels. Et c’est cette méthode que Nous avons appelée la Lucidité Eroto-comateuse. De Arte Magica – Aleister Crowley

– 13 –

Ó Ordo Templi Orientis.
Pour le respect de la dîme.
NO- © Traduction Deus est Demon Inversus, mars 2002 e.v.
Pour l’Amour de tous Ceux qui Cherchent Librement.

Les démons mésopotamiens n’ont rien de divin… ou presque !

J’ai parlé récemment de la Plaque Burney, ou The Queen of the Night, et des tentatives d’identification de la figure représentée. Les chercheurs de la première heure l’assimilèrent à Lilith, mais rapidement il devint évident que la plaque avait une vocation religieuse et que la coiffe à quatre cornes était le symbole d’une divinité de premier plan, non d’une démone.

Or, les historiens assyriologues s’accordent à dire que les Dieux et les démons de la Mésopotamie ancienne étaient de nature différente. Les premiers étaient révérés et il était possible de se les concilier par des prières, des libations et des offrandes. Ce qui n’était pas le cas des seconds. Aucun culte ne leur était rendu.

Thorkild Jacobsen, historien spécialiste de la littérature sumérienne, écrivit à ce sujet dans Pictures and Pictorial Language (The Burney Relief) tiré du livre Figurative Language in the Ancient NEar-East :

Les démons ne pouvaient avoir de culte, car ils étaient totalement étrangers à l’homme et inaccessibles, aucune relation d’échanges ne pouvait être établie avec eux.

« Ils ne sont ni mâle ni femelle,
Ce sont des fantômes toujours fuyants,
qui ne prennent pas d’épouses, desquels ne nait aucun enfant,
ne savent pas comment témoigner de la miséricorde,
n’entendent aucune prière ni supplication. »

Les démons étaient néanmoins les serviteurs des Dieux. Et lorsqu’Inanna remonta des Enfers, les démons la suivirent sur les ordres des Anunnaku. Voici un extrait du livre L’histoire commence à Sumer par Samuel Noah Kramer, qui cite le poème de la Descente de la Déesse :

« Ceux qui accompagnaient Inanna,
Étaient des êtres ne connaissant pas la nourriture,
Ne connaissant pas l’eau,
Ne mangeant pas la farine saupoudrée,
Ne buvant pas l’eau des libations,
De ceux qui enlèvent l’épouse du giron de l’homme.
Et arrachent l’enfant du sein de la nourrice… »

Kramer précise en note de bas de page que les 5 derniers vers ont pour but de marquer le caractère terrifiant et implacable des démons qui accompagnent Inanna : les sacrifices (nourriture et farine saupoudrée suivant un rite fréquent en Mésopotamie ancienne ; eau et libations versées devant les dieux) n’ont aucun effet sur ces démons, qui sont de la pire des espèces.

En d’autres termes, et pour en revenir au sujet de départ : la figure de la Plaque Burney ne peut être la démone Lilith. L’étude de Jacobsen semble couler de source et je pense qu’il attribua avec raison la plaque à Inanna / Ishtar.  Je reviendrai sur le sujet dans un prochain article.

Lamaštu. Amulette pour se préserver de la terrible déesse-démone, Mésopotamie 800 avant JC. British Museum.

Mais… Il existe toujours une exception à la règle et elle se nomme Lamaštu. Lamaštu est le nom akkadien de la déesse (malveillante) sumérienne Dimme, fille du dieu céleste An. Or Dimme/Lamaštu était aussi une démone qui menaçait les femmes pendant l’accouchement, s’emparait des enfants pendant l’allaitement, suçait leur sang et rongeait leurs os, provoquait d’horribles cauchemars. Certains érudits n’ont d’ailleurs par manqué de l’associer à Lilith.

F. A. M Wiggermann souligna dans Birth in Babylonia and the bible le fait qu’elle se distinguait des autres démons. Non seulement à cause de la violence de ses opérations destructrices mais aussi parce qu’elle, et elle seule, avait une origine pleinement divine.

Elle avait également une place à part parmi les démons de par le fait qu’elle agissait de sa propre volonté et pas seulement des autres dieux.

Quoiqu’il en soit, aussi divine fut-elle, elle n’en restait pas moins une démone et il semblerait qu’on ne lui rendait en effet aucun culte. Des rituels, incantations et talismans pour s’en préserver ont été retrouvés mais aucun temple ni lieu de culte. Là encore, j’aimerai développer le sujet dans un futur article !

Lilith, Reine du Désert [e-book en anglais]

C’est Ardat-Lili qui m’a fait découvrir le livre Lilith, Queen of the Desert par Anya Kless et d’autres contributeurs dévots de Lilith. Je l’ai acheté au format e-book et j’en ai presque fini la lecture. J’ai aimé certains passages, j’ai même trouvé quelques similitudes avec mes propres expériences liées à Lilith et en même temps ce livre m’a semblé étranger à Elle. Il est plein d’impudeurs, et c’est un constat à la fois positif et négatif de ma part. Mais je ne veux pas influencer les lecteurs potentiels. À chacun de se faire sa propre opinion. Chacun perçoit Lilith avec son propre cœur et son propre background. La version e-book coûte un peu moins de 6€, ce n’est pas très cher mais, propriétaires de liseuse numérique, attention aux DRM !

Au menu :

  • Introduction : Hail Sainte Reine
  • Lilith à travers l’Histoire
  • La Rencontre avec Lilith
  • Les Chants de Lilith
  • Dévotions, Incantations et Invitations
  • Dans l’arbre : Lilith la Chouette
  • Dans le jardin : Lilith le Serpent
  • La Reine des Marginaux : Lilith le genre hors-la-loi,
  • La Reine du Sang : Lilith la Démone, Lilith la Vampire
  • La Reine de la Connaissance : Lilith l’enseignante
  • Épilogue : Selon Ses Paroles
  • Lectures recommandées

La Reine de la Nuit, présentation de la célèbre plaque

La Reine de la Nuit. Lilith ? Innana/Ishtar ? Ereshkigal ?

Cette plaquette de terre cuite, modelée en haut-relief, date de l’époque paléo-babylonienne. Elle est emblématique de l’art et de la civilisation du règne d’Hammurabi, roi de Babylone. La datation par thermoluminescence confirme qu’elle fut confectionnée entre 1765 et 45 avant JC. Elle mesure 49 x 37 x 4.8 cm. On l’a intitulée « The Queen of the Night », la Reine de la Nuit. Elle est aussi connue sous le nom de Plaque Burney, du nom de son acquéreur, Sidney Burney, un antiquaire londonien, depuis sa publication sous ce nom en 1936 dans the Illustrated London News. Elle est visible au British Museum.

Le site du British Museum nous informe que la figure représentant une femme nue, tout en courbes, était à l’origine peinte en rouge. Elle porte la coiffe cornue caractéristique d’une déité mésopotamienne. Elle tient un bâton et anneau de justice, symboles de sa divinité. Ses longues ailes multicolores pointent vers le bas, indiquant qu’elle est une déesse du Monde Souterrain. Ses jambes se terminent par des serres d’oiseaux de proie, semblables à ceux des deux chouettes qui l’entourent. Le fond était peint à l’origine en noir, suggérant qu’elle était associée à la nuit. Elle se tient debout sur le dos de deux lions, et un motif en écailles indique les montagnes.

La figure pourrait être un aspect de la déesse Ishtar, déesse Mésopotamienne de l’amour sexuel et de la guerre, ou la soeur d’Ishtar et rivale, la déesse Ereshkigal qui régnait sur le Monde Souterrain, ou la démone Lilitu, connue dans la Bible en tant que Lilith. La plaque se trouvait probablement dans un sanctuaire.

La même déesse apparait sur de petites plaques brutes, moulées, provenant de Babylone aux environs de 1850 à 1750 avant JC.

Ceci n’est qu’une introduction, je reviendrai sur le sujet dans de prochains articles, lorsque j’aurai fini de lire quelques ouvrages qui s’y rapportent !

Ceci est une reconstitution, réalisée par le British Museum, des couleurs peintes originellement sur cette plaquette.

Références :