Un poème à Lilith (extrait)

 » Une moitié de moi est belle mais vous ne serez jamais vraiment certains de laquelle il s’agit. « 

Ruth Feldman, Lilith.

Huile sur lin

Lilith par Juan Medina

Publicités

Lilith, qui es-tu ? Le contexte

Je souhaitais compléter l’article Lilith, qui es-tu ? et c’est chose faite. J’ai traduit la première partie du chapitre du X du livre de Raphael Patai, The Hebrew Goddess.

Je précise néanmoins que ce texte est bourré d’inexactitudes et d’un certain parti pris. Lilith enflamme l’imagination et c’est parfait ainsi, mais il est alors important de préciser la frontière entre fantasmes personnels, recherches et découvertes archéologiques.

Je ne dirai rien sur la première partie du texte parce que j’ai pu lire beaucoup d’avis différents sur les origines sumériennes supposées de Lilith et que ce n’est pas un sujet clair pour moi au jour d’aujourd’hui. Je cherche encore. En revanche, quand Raphael Patai identifie le personnage du haut relief en terre cuite comme étant Lilith, je préfère préciser qu’en réalité, nous n’en savons rien et que les spécialistes penchent plutôt pour une représentation d’Inanna / Ishtar (à lire, trois articles :  ici, ici et ). Quant à l’amulette d’Arslan Tash à laquelle l’auteur fait référence, il semblerait que celle-ci soit un faux.

Le Contexte

On trouve la première mention d’une démone, dont le nom est similaire à celui de Lilith, dans la liste royale sumérienne (1) datant approximativement de 2400 avant J.C. Elle déclare que le père du héros Gilgamesh était un démon Lilū. Le Lilū était l’un des quatre démons appartenant à la classe de vampire ou incube-succube. Les trois autres étaient Lilitu (Lilith), une démone ; Ardat Lili (ou servante de Lilith), qui visitait les hommes la nuit et portait des enfants fantomatiques ; et Irdu Lili, qui était sa contrepartie masculine, visitait les femmes et engendrait des enfants grâce à elles. À l’origine, ils étaient des démons de l’orage, mais à cause d’une erreur étymologique, ils en vinrent à être considérés comme des démons de la nuit (2).

L’épithète de Lilith était « la belle jeune fille », mais elle fut soupçonnée d’avoir été une prostituée et une vampire qui, une fois qu’elle avait choisi un amant, ne le laissait plus jamais partir, mais pour autant lui donner de réelle satisfaction. Elle était incapable de porter un enfant et n’avait pas de lait dans ses seins (3).

Selon l’épopée sumérienne, Gilgamesh et l’Arbre Huluppu (datant d’environ 2000 avant J.C.), Lilith (Lillake) construit sa maison dans le milieu de l’arbre Huluppu (saule, ndlt : là aussi pas de certitudes, certains parlent de peuplier, d’autres de palmier dattier) qui a été planté sur les rives de l’Euphrate aux premiers jours de la Création. Un dragon a établi son nid à la base de l’arbre, et l’oiseau-Zu a placé ses petits à sa couronne. Gilgamesh tue le dragon avec sa grosse hache en bronze, après quoi l’oiseau-Zu s’envole avec ses petits vers la montagne, et Lilith, frappée de terreur, détruit sa maison et s’enfuit vers le désert (4) .

Un haut-relief en terre cuite babylonien, approximativement contemporain du poème susmentionné, montre sous quelle forme Lilith était soupçonnée d’apparaître aux yeux humains. Elle est mince, bien formée, belle et nue, avec des ailes et des pieds de chouette. Elle se tient debout sur deux lions couchés dos à dos, ceux-ci flanqués de deux chouettes. Sur sa tête, elle porte une coiffe surmontée de plusieurs paires de cornes. Dans sa main, elle tient un anneau-et-un-bâton (5). Évidemment, ceci n’appartient à aucune démone inférieure, mais à une déesse qui dompte les animaux sauvages et, comme le montrent les chouettes sur le relief, règne sur la nuit. (Voir illustration 31.)

Durant les siècles suivant, la forme de Lilith changea encore. Une tablette datant du VIIème siècle avant J.C., découverte à Arslan Tash dans le nord de la Syrie, la montre semblable à une sphinge ailée, sur son corps, il est écrit, dans un dialecte phénicien-cananéen, ceci :

« Ô, Celle qui plane sur la chambre obscure,
Va-t-en tout de suite, O Lili ! »

Ces lignes sont une partie d’un texte incantatoire utilisé pour aider les femmes en couche (6) – parmi de nombreux autres existants depuis la période de l’empire assyrien au nouveau royaume babylonien – et elles montrent qu’à cette époque, le mythe de Lilith possédait toutes les caractéristiques majeures pleinement élaborés 2000 ans plus tard par le Judaïsme Kabbalistique.

1 Thorkild Jacobsen, The Sumerian King List, Chicago, 1939, p. 18, n. 37, et p. 90, n. 131.

2 Bruno Meissner, Babylonien und Assyrien, Heidelberg, 1925, ii.

3 Ebeling et Meissner, Reallexikon der Assyriologie, ii. 110

4 Samuel N. Kramer, Gilgamesh and the Huluppu Tree, Chicago, 1939, pp. 1-2. La même histoire est narrée dans la partie manquante de la tablette XII de l’épopée babylonienne de Gilgamesh, datant du VIIème siècle avant J.C. ; cf Alexander Heidel, The Gilgamesh Epic and Old Testament Parallels, Chicago, 1946, p. 94.

5 Emil G. H. Kraeling, Bulletin of the American Schools of Oriental Research 67 (Oct. 1937), pp. 16-18.

6 Cf. William F. Albright, Bulletin of the American Schools of Oriental Research 76 (Dec. 1939), p. 9.

Inanna et l’Arbre Huluppu

« Inanna et l’arbre-huluppu » aurait sans doute du inaugurer ce blog. Il s’agit du tout premier texte qui parle de Lilith. Il serait sans doute plus juste de dire : le premier texte connu, parvenu jusqu’à nous. Il est tiré de la XIIème tablette (prologue) de l’épopée de Gilgamesh et il daterait de 600 avant JC. Il s’agirait de copies qui auraient été préparées d’après un brouillon original datant de la période Isin Larna, c’est à dire 1950-1700 avant JC. Il se pourrait qu’il soit en réalité bien antérieur à cette date.

J’ai traduit de l’anglais la version du livre « Inanna, queen of heaven and earth » par Diane Wolkstein et Samuael Noah Kramer. A noter qu’il s’agit ici d’un travail de collaboration entre une folkloriste, conteuse et un spécialiste de l’écriture cunéiforme, éminent assyriologue. Alors évidemment, c’est une traduction d’une traduction adaptée… Je n’ai pas les compétences pour traduire le texte original. Il en reste quand même ceci :

Fragment de relief. Syrie du Nord, Mari. Aux environs de 2500 avant JC. Stéatite. Hauteur 20 cm. Musée de Damas.

Fragment de relief. Syrie du Nord, Mari. Aux environs de 2500 avant JC. Stéatite. Hauteur 20 cm. Musée de Damas.

Au cours des premiers jours, au cours des tout premiers jours,
Au cours des premières nuits, au cours des toutes premières nuits,
Au cours des premières années, au cours des toutes premières années,

Au cours des premiers jours lorsque tout ce qui est nécessaire fut amené à la vie,
Au cours des premiers jours lorsque tout ce qui est nécessaire fut nourri convenablement,
Lorsque le pain fut cuit dans les sanctuaires du pays,
Et le pain fut goûté dans les maisons du pays,
Lorsque le ciel s’est éloigné de la terre,
Et la terre s’est séparée du ciel,
Et le nom de l’homme fut fixé ;
Lorsque le Dieu Ciel, An, eut remporté les cieux,
Et le Dieu Air, Enlil, eut remporté la terre,
Lorsque, à la Reine du Grand Au-Dessous, Ereshkigal, fut donné le monde-d’au-dessous pour domaine.

Il fit voile, le Père fit voile,
Enki, le Dieu de la Sagesse, fit voile vers le monde-d’au-dessous.
De petites tempêtes de pierres furent lancées contre lui ;
De gros grêlons furent jetés violemment contre lui ;
Telles les tortues qui chargent,
Elles se ruèrent sur la quille du bateau d’Enki.
Les eaux de la mer dévorèrent la proue de son bateau tels des loups ;
Les eaux de la mer frappèrent la poupe de son bateau tels des lions ;

À ce moment, un arbre, un seul arbre, un arbre-huluppu
Fut planté sur les rives de l’Euphrate.
L’arbre fut nourri par les eaux de l’Euphrate.
Le Vent du Sud tourbillonnant se leva, tirant sur ses racines
Et arrachant ses branches
Jusqu’à ce que les eaux de l’Euphrate l’emportent.

Une femme qui craignait la parole du Dieu Ciel, An,
Qui craignait la parole du Dieu Air, Enlil,
Ramassa l’arbre dans la rivière et dit :

« J’emporterai cet arbre à Uruk.
Je planterai cet arbre dans mon jardin sacré. »

Inanna prit soin de l’arbre avec sa main.
Elle arrangea la terre autour de l’arbre avec son pied.
Elle s’interrogea :

« Combien de temps faudra-t-il jusqu’à ce que j’ai un trône resplendissant sur lequel m’asseoir ?
Combien de temps faudra-t-il jusqu’à ce que j’ai un lit resplendissant sur lequel m’étendre ? »

Les années passèrent ; cinq ans, puis dix ans.
L’arbre devint large,
Mais son écorce ne se fendit pas.

Puis un serpent qui ne pouvait être charmé
Fit son nid dans les racines de l’arbre-huluppu.
L’oiseau-Anzu plaça ses petits dans les branches de l’arbre.
Et la sombre jeune fille Lilith bâtit sa maison dans le tronc.

La jeune femme qui aimait rire pleura.
Combien pleura Inanna !
(Pourtant, ils ne quittèrent pas son arbre.)

Tandis que l’oiseau commença à chanter à l’arrivée de l’aube,
Le Dieu Soleil, Utu, quitta sa chambre à coucher royale.
Inanna appela son frère Utu, en disant :

« Ô Utu, du temps où les destins furent édictés,
Lorsque l’abondance inonda le pays,
Lorsque le Père Ciel prit les Cieux et le Dieu Air la terre,
Lorsque Ereshkigal reçut pour domaine le Grand Au-Dessous,
Le Dieu de la Sagesse, le Père Enki, fit voile vers le monde-d’au-dessous,
Et le monde-d’au-dessous se leva et l’attaqua…

A ce moment là, un arbre, un seul arbre, un arbre-huluppu
Fut planté sur les rives de l’Euphrate.
Le Vent du Sud tira sur ses racines et arracha ses branches
Jusqu’à ce que les eaux de l’Euphrate l’emportent.
J’ai ramassé l’arbre dans la rivière ;
Je l’ai apporté dans mon jardin sacré.
J’en ai pris soin, attendant mon trône et mon lit resplendissants.

Puis un serpent qui ne pouvait être charmé
Fit son nid dans les racines de l’arbre,
L’oiseau-Anzu plaça ses petits dans les branches de l’arbre,
Et la sombre jeune fille Lilith bâtit sa maison dans le tronc.
J’ai pleuré.
Combien ai-je pleuré !
(Pourtant, ils ne quittèrent pas mon arbre!) »

Utu, le vaillant guerrier, Utu,
Ne voulut pas aider sa sœur, Inanna.

Tandis que les oiseaux commençaient à chanter à l’arrivée de la deuxième aube,
Inanna appela son frère Gilgamesh, en disant :

« Ô Gilgamesh, du temps où les destins furent édictés,
Lorsque l’abondance inonda le pays,
Lorsque le Père Ciel prit les Cieux et le Dieu Air la terre,
Lorsque Ereshkigal reçut pour domaine le Grand Au-Dessous,
Le Dieu de la Sagesse, le Père Enki, fit voile vers le monde-d’au-dessous,
Et le monde-d’au-dessous se leva et l’attaqua…

À ce moment là, un arbre, un seul arbre, un arbre-huluppu
Fut planté sur les rives de l’Euphrate.
Le Vent du Sud tira sur ses racines et arracha ses branches
Jusqu’à ce que les eaux de l’Euphrate l’emportent.
J’ai ramassé l’arbre dans la rivière ;

Je l’ai apporté dans mon jardin sacré.
J’en ai pris soin, attendant mon trône et mon lit resplendissants.

Puis un serpent qui ne pouvait être charmé
Fit son nid dans les racines de l’arbre,
L’oiseau-Anzu plaça ses petits dans les branches de l’arbre,
Et la sombre jeune fille Lilith bâtit sa maison dans le tronc.
J’ai pleuré.
Combien ai-je pleuré !
(Pourtant, ils ne quittèrent pas mon arbre!) »

Gilgamesh le vaillant guerrier, Gilgamesh,
Le héros d’Uruk, se tint aux côtés d’Inanna.

Gilgamesh attacha autour de sa poitrine son armure de cinquante mines.
Les cinquante mines pesaient pour lui aussi peu que cinquante plumes.
Il leva sa hache de bronze, la hache de la route,
Pesant sept talents et sept mines, sur son épaule.
Il entra dans le jardin sacré d’Inanna.

Il frappa le serpent qui ne pouvait être charmé.
L’oiseau-Anzu s’envola, avec ses petits, vers les montagnes ;
Et Lilith détruisit sa maison et prit la fuite vers des lieux sauvages, inhabités.
Gilgamesh libéra les racines de l’arbre-huluppu ;
Et les fils de la cité, qui l’accompagnaient, coupèrent les branches.

Du tronc de l’arbre il sculpta un trône pour sa sainte sœur.
Du tronc de l’arbre Gilgamesh sculpta un lit pour Inanna.
Des racines de l’arbre elle façonna un pukku pour son frère.
De la couronne de l’arbre Inanna façonna un mikku pour Gilgamesh,
le héros d’Uruk.

Lilitû, l’hiérodule d’Ishtar

Siegmund Hurwitz, dans son livre Lilith, the first Eve, présente Lilith sous deux aspects spécifiques. Le premier est relié à la déesse et démone Lamasthû dont j’ai déjà parlé dans un billet précédant. Le second à la déesse Inanna – Ishtar. C’est ce dernier qui est, à mes yeux, le plus intéressant. Peut-être le point de départ pour tout ceux qui cherchent à construire un culte moderne et personnel à Lilith. Ici, elle représente la jeune fille délurée, libre sexuellement, mais surtout elle est celle qui connait les secrets de la sexualité sacrée, de l’hiérogamie, et ce, même avec n’importe quel étranger puisque capable de voir le Divin en lui !

Lilith, l’hiérodule d’Ishtar (image : Libellune).

Voici la première partie de la traduction. Les autres suivront. Enjoy !

À l’instar de son aspect « Lamashtûien » (de la déesse démone Lamasthû), c’est à dire, en outre son rôle de démone voleuse d’enfant, infanticide et de redoutable mère dévorante, Lilith manifeste une caractéristique totalement différente. Cet autre trait (qui apparaît plus tardivement et qui fait presque totalement défaut à Lamasthû) correspond à son rôle de déesse qui détourne les hommes du droit chemin et les séduit. C’est Ishtar, une autre déesse babylonienne qui personnifie davantage ce rôle. En effet, dans la mythologie babylonienne, cette déesse est quasiment le prototype de la grande séductrice, nous pouvons également parler chez Lilith, d’un aspect « Ishtarien ».

Contrairement à Lamashtû, Ishtar n’a pas une personnalité claire, nettement définie. Elle est beaucoup plus vague, beaucoup plus énigmatique, et a acquis différents traits, en fonction de la région où elle était vénérée. Elle aussi a des aspects de la grande déesse-mère, mais comme reine des cieux, elle est l’opposée totale de la Lamasthû chtonienne. A travers tout l’Orient, elle est la déesse de l’amour sensuel, de la luxure et de la séduction. Par conséquent, elle est la déesse tutélaire des prostitués et surtout des prostitués du temple (Hiérodules) qui servent son culte. Lilitû, également, est décrite dans un texte babylonien comme une prostituée du temple d’Ishtar. Cette caractéristique particulière se trouve déjà dans des textes sumériens plus anciens (1) dans lesquels Inanna (qui correspond à l’Ishtar babylonienne) a envoyé Lilitû, la belle et séduisante prostituée, non mariée, dans les rues pour raccoler les hommes et les dévoyer. C’est pourquoi Lilith est aussi appelée « la main d’Inanna ».

Les Hiérodules qui servent Ishtar sont presque toujours nommées ishtaritûs, c’est à dire, les femmes qui appartiennent à Isthar. Par ailleurs, Ishtar elle-même est appelée qadisthu, c’est à dire, la prostituée sacrée. En Israël antique, le temple des prostituées était appelé qedeshot, c’est à dire, femmes sacrées. A l’origine, le mot hébreu q-d-sh signifiait quelque chose comme « isolé » (en particulier de la sphère profane, et appartenant au sacré). De là, provient le deuxième sens du mot et s’applique à quelque chose de « saint ».

Les cérémonies orgiaques avaient souvent lieu dans le cadre du service d’Ishtar. Hérodote (*) rapporte qu’en Babylonie toute les vierges devaient se donner une fois dans leur vie à un étranger et sacrifier leur virginité en échange d’une somme d’argent. Cependant, ceci n’était considéré en aucune manière comme de la prostitution car l’étranger représenté manifestement le dieu. Alors que l’étranger couchait avec elle, cette consommation devenait un hieros gamos (mariage sacré), à travers lequel la vierge était symboliquement consacrée comme épouse du dieu.

Aphrodite Parakyptusa est une autre prostituée liée à Ishtar, vénérée à Chypre en particulier, qui s’accoude à sa fenêtre afin d’attirer des amants. De telles représentations de femme à la fenêtre étaient très répandues à travers tout l’Orient. Les gravures d’ivoire phéniciennes tout particulièrement bien connues ont été découvertes à Arslan Tash, Nimrud et Khorsabad. En Babylonie, la déesse en question est appelée Kilili mushirti, c’est à dire, celle qui se penche à la fenêtre. De temps à autre, elle est aussi appelée « la reine des fenêtres ».

Notes de bas de page

(1) S. H. Langdon : Tammuz und Ischtar. Oxford, 1914, p. 74. (Téléchargeable en anglais sur ce site !)

(2) LVTL (lexicon in veteris testamenti libros par Ludwig Koehler et Walter Baumgartner),  cf. q-d-sh

(3) Hérodote : Hist. I 199

(4) J. Gray : Mythologie des Nahen Ostens. Wiesbaden, 1969, p. 69 ; J. Thimme : « Phönizische Elfenbeine in Karlsruhe » in Antike Welt. Zeitschirft ür Archäologie und Urgeschichte. Feldmeilen, 1973, Vok IV, p. 23

________

(*) Note personnelle

L’éminent assyriologue, Jean Bottéro, souligne, dans son article L’amour à Babylone pour le magazine « L’Histoire », la méprise d’Hérodote. Je cite :

Ces officiants de l’amour « libre » étaient apparemment nombreux, surtout autour de certains temples. Le bon Hérodote (I, 199) s’y est trompé : surpris de voir tant de créatures offrir à l’encan leurs services, il a cru comprendre qu’il s’agissait de « toutes les femmes du pays » obligées, par une « coutume honteuse », de s’y prêter au moins « une fois dans leur vie »…

L’article entier est passionnant, je vous le recommande chaudement ! On peut le lire sur Google Books.

La Lilith de l’Arbre Creux, un conte

Voici comme promis la traduction d’un conte extrait du livre « Lilith’s Cave » dont j’ai parlé dans mon article précédant. Le titre original est « The Demon in the Tree ». Pour l’instant, c’est mon conte favori mais je n’ai pas encore terminé le recueil, même si je le dévore.

Il est intéressant de noter quelques messages dans ce texte. Je pense notamment au chiffre 3, représenté par le trio mari / femme / démone mais surtout par la troisième épouse. Le trois est associé dans la kabbale à la lettre ג, guimel. Guimel représente celui qui fait acte de charité, qui est un bienfaiteur. Dans le conte en question, la troisième épouse est une bienfaitrice pour la démone. Cette troisième épouse, issue d’une famille très pauvre, est quelqu’un de généreux et nourrira la démone qui vit dans l’arbre creux.

 » Pourquoi est-ce que Beth précède Guimel, et Guimel lui tourne le dos ?  » Parce que Beth représente Bayith, la maison qui est ouverte à tous. Guimel représente le Guéver, l’homme qui voit une personne nécessiteuse se tenant à l’entrée et tournant autour pour obtenir de lui de la nourriture (Autioth de Rabbi Akiva).

Le mot Guimel provient de « guemoul » qui signifie, en hébreu, tout à la fois : donner une récompense et donner une punition. Les deux ayant la même fin : rectifier l’âme de manière à ce qu’elle mérite de recevoir la lumière divine.

Guimel est également lié au fait de mûrir, d’être sevré. C’est le processus que l’on peut observer chez le jeune homme à travers cette histoire.

Je pense aussi au fait que la démone, cette fille de Lilith, a pour maison un arbre creux. [Je passe sur la symbolique de l’arbre qui est juste énorme.] Je ne peux m’empêcher d’associer la forme de cet arbre à la lettre ב, Beth. Lettre qui désigne la maison mais dont l’ouverture sur la gauche représente aussi le Nord et le mal. Le Nord est associé à Lilith. Tzefonit est l’un de ses noms et signifie « Celle qui réside au Nord » (lire l’article sur les Deux Liliths).

Il y aurait encore beaucoup et à décortiquer mais ce sera peut-être l’objet d’un prochain article.

Voici un lien pour télécharger la version pdf du conte : La démone dans l’arbre.

La grotte de Lilith

Cela faisait un bon moment que je guettais l’arrivée dans ma boîte aux lettres du livre : Lilith’s Cave, jewish tales of the supernatural. Il s’agit d’un recueil de contes folkloriques juifs choisis et remaniés par Howard Schwartz. J’étais très impatiente de le recevoir, j’avais déjà beaucoup aimé dans le même esprit la Légende des Juifs par Louis Ginzberg (on peut lire le premier tome gratuitement à cette adresse, il est aussi disponible sur Scribd). J’ai pris une photo de l’un des contes. Je pense qu’il est assez lisible pour les lecteurs curieux et bilingue. De toute façon, je prendrais sûrement plaisir à choisir et traduire quelques contes très prochainement !

Ne jamais rester superficiel en se fiant à une couverture un peu triste !

Cliquez sur l’image, l’histoire est relativement lisible.

Lilith, qui es-tu ?

Pour tenter de donner une réponse, j’ai eu envie de traduire l’introduction du chapitre dédié à Lilith dans le livre The Hebrew Goddess de Raphael Patai.

Aucune démone n’a jamais eu une carrière aussi fantastique que celle de Lilith, partant des plus basses origines.

  • Elle fut un échec en tant que femme destinée à Adam,
  • elle devint l’amante d’esprits lascifs,
  • elle s’éleva pour devenir l’épouse de Samaël le Roi démon,
  • elle gouverna en tant que Reine de Zemargad et Sheba,
  • et enfin elle termina en tant que compagne de Dieu Lui-même.

Les principales caractéristiques de la biographie mythique de Lilith apparurent tout d’abord dans la culture sumérienne aux environs de la moitié du IIIème millénaire avant JC. On ne peut que supposer ce qu’Elle signifiait pour les Hébreux de la Bible, mais durant l’époque talmudique (IIème au Vème siècle de notre ère) elle fut  pleinement développée comme démone maléfique. Pendant la période Kabbalistique (du XIIIème au XVIème siècle), elle s’éleva au rang élevé de reine consort aux côtés de Dieu.

Je présente ici les titres des sous-chapitres traités dans le livre de Raphael Patai. Je les traduirai au fil du temps et au gré de mes envies. Le sous-chapitre sur Les Deux Liliths a déjà été traduit. Je reviendrai créer des liens au fur et à mesure de l’avancée de mes traductions. Si le sujet vous intéresse n’oubliez pas de book-marker l’article, ou mieux, de suivre mon fil rss !

  • Le Contexte
  • La Lilith Talmudique
  • Lilith des bols
  • La Naissance de Lilith
  • Lilith et les Chérubim
  • Lilith et Adam
  • Lilith la Succube
  • Lilith l’infanticide
  • Lilith et Naamah
  • Lilith et Samaël
  • Les Deux Liliths
  • Le Triomphe et la fin de Lilith
  • Conclusion

Inanna / Ishtar, la Reine de la Nuit

Dans un article précédant, j’ai parlé de la Plaque Burney ou autrement nommée « Reine de la Nuit ». Si certains voient Lilith dans cette représentation, il semblerait que les spécialistes ne soient pas du même avis. Voici un résumé des propos très parlants de Thorkild Jacobsen, in Pictures and Pictorial Language (The Burney
Relief), tiré du livre Figurative language in the ancient Near East.

  1. La taille du relief suggère qu’il s’agit d’un relief dédié au culte. Puisque les mésopotamiens ne vouaient aucun culte aux démons, il est donc peu probable que la figure représentée soit un démon… Et donc, il ne peut s’agir de Lilith.
  2. La couronne cornue à quatre niveaux suggère une déité majeure.
  3. Les lions suggèrent Inanna, puisqu’elle est la seule déesse associée aux lions.
  4. Le motif conventionnel représente les montagnes, ce qui renvoie à la maison d’Inanna : la crête des montagnes de l’Est.
  5. Le bâton et le cercle qu’elle tient dans ses mains concordent avec la description faite de la déesse dans le mythe de la Descente d’Inanna.
  6. Ainsi que le collier qu’elle porte.
  7. Enfin, les chouettes, les ailes et les serres d’oiseaux de la figure montrent qu’Inanna est représentée sous son aspect de Déesse-Chouette et déesse des courtisanes, Ninnina, ou Kilili en akkadien.

Je détaillerai chaque point dans différents articles pour pouvoir rester dans des formats courts, adaptés au web.

Les Deux Lilith : Lilith l’Aînée, Lilith la Jeune

Les Deux Lilith. Extrait du chapitre X du livre The Hebrew Goddess par Raphaël Patai. Third enlarged edition. Traduction, Arad-Ishtar.

L’idée qu’il existe de nombreuses Lilith est, comme nous l’avons vu, très ancienne. Dans les textes d’incantation Babyloniens, des Lili-s mâles apparaissent, en sus des Lilith femelles, et sont les héritiers des démons mâles et femelles sumériens du IIIème millénaire avant JC, du même nom. Néanmoins, il restait aux Kabbalistes du XIIIème siècle à scinder en deux la personne de Lilith elle-même et à faire la distinction entre l’Aînée et la Jeune.

Dans les écrits de R. Isaac Hacohen, le Kabbaliste espagnol qui prospéra à la moitié du XIIIème siècle, nous lisons que la Lilith qui naquit androgyne avec Samaël et qui devint la femme de ce « Grand Prince et Grand Roi des démons », est Lilith l’Aînée. En plus de Samaël, d’autres démons partagent le lit de cette Lilith Aînée qui est (et c’est le plus remarquable) « une échelle sur laquelle on peut monter les échelons de la prophétie ». Cela ne signifie qu’une chose : Lilith peut aider ceux qu’Elle préfère (ou qui gagnent la maîtrise sur Elle) pour s’élever vers les pouvoirs prophétiques ou les atteindre effectivement.

Qafsefoni est une autre figure numineuse introduite dans cette mythologie. Le Prince des Cieux, dont la femme est Mehetabel, la fille de Matred83. La fille de ce couple mystérieux est Lilith la Jeune. Il semble cependant y avoir quelques confusions entre Lilith la Jeune et Lilith l’Aînée, parce que c’est cette dernière qui est appelée Tzefonit (« Celle qui réside au Nord »), qui ferait d’elle, et non pas Lilith la Jeune, la fille de Qafsefoni : « Sachez que toutes jalousie et altercations entre les Princes de la Querelle et les Princes de la Paix… sont le fait de Samaël et de Lilith, qui est appelée Habitante du Nord (Tzefonit), comme il l’est écrit, « C’est du Nord que le Mal doit éclater. »84. Tout deux (Samaël et Lilith) sont nés spirituellement en tant qu’androgynes, correspondant à Adam et Ève – le dessus et le dessous des deux figures jumelles. Et Samaël et Lilith l’Aînée, qui est la même que Tzefonit, sont désignés comme l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal… »85

Le même auteur de la moitié du XIIIème siècle, Isaac HaCohen, affirme également « qu’en de rares occasions Qaftzefoni s’accouple avec une créature dont le nom est Lilidhta, lui obéit et l’aime, » qui ressemble de façon mystérieuse à Hagar l’Égyptienne ; mais il ne peut être établi que cette Lilidtha est identique à la propre fille de Qaftzefoni, Lilith la Jeune.

Lilith la Jeune devint l’épouse d’Ashmodai, le Roi des démons, et de cette union naquit le grand prince Harba di Ashm’dai (« l’Epée d’Ashmodai »), qui règne sur 80000 démons de la destruction et de nombreux autres démons de même lignée. Cependant, « Lilith la Jeune, qui a la forme d’une belle jeune femme de la tête au nombril, est un feu violent du nombril vers le bas – telle mère telle fille – » suscita le désir de Samaël. Ceci causa une vive jalousie entre Samaël et Ashmodai ainsi que des combats incessants entre Lilith la Jeune et l’épouse de Samaël, Lilith l’Aînée.86

Quelques trois siècles après Isaac HaCohen, Moïse Cordovero (I522-I570), à la tête des Kabbalistes de Safed, reparle du mythe des deux Lilith en ajoutant quelques détails intéressants : Lilith l’Aînée, dit-il, dispose de 480 bandes de démons sous son commandement, le nombre provient de la valeur numérique des lettres L Y L Y T (30, 10, 30, 10, 400) formant le nom de Lilith. Le jour du Grand Pardon, Lilith l’Aînée marche dans le désert, et en tant que démon des hurlements – son nom provient du verbe Y L L, crier – et passe la journée là à crier. Samaël, cependant, a aussi une concubine nommée Mahalath la fille d’Ishmaël87. Elle a à sa disposition 478 bandes de démons – à nouveau les lettres de son nom donne la clef de ce nombre (M H L T = 40, 8, 30, 400) – et « elle va et chante une chanson et un hymne dans la Langue Sainte. Et lorsque les deux se rencontrent, elles se combattent, le jour du Grand Pardon, là dans le désert, et elles se raillent l’une l’autre, jusqu’à ce que leurs voix s’élèvent dans les cieux et la terre tremble sous leurs hurlements. Et tout cela est arrangé par Dieu pour qu’elles ne puissent pas porter des accusations contre Israël [le jour du Grand Pardon]…

Lilith la Jeune est aidée dans son combat contre Lilith l’Aînée par sa propre mère Mehetabel88.

Le motif mythologique d’inimitié entre Lilith et ses suivantes-démones, et l’avantage résultant pour Israël le jour du Grand Pardon, est également traité par d’autres Kabbalistes du XVIème siècle. Abraham Galente (mort en 1560 ou 1588), un Kabbaliste important de Safed et contemporain de Moïse Cordovero, raconte l’histoire entière de la rencontre annuelle dans le désert entre Lilith et Mahalath, mais donne une caractérisation quelque peu différente des deux démones principales : Mahalath, selon lui, monte par son nom qu’elle a été une danseuse compulsive : tandis qu’elle marche dans le désert à la tête de ses bandes d’anges destructeurs, « elle va et danse et tournoie » jusqu’à ce qu’elle et Lilith tombent l’une sur l’autre et mènent un combat acharné89.

Les bandes de Lilith, et sans doute Lilith elle-même, étaient imaginées à cette période comme étant couvertes de poils de la tête aux pieds, incluant les visages, mais avec le crâne chauve. Leurs quatorze noms provenaient directement de textes incantatoires plus anciens90, sont : Lilin, Abito, Abizo, Amo(z)rpho, Haqash, Odam, (I)kephido, Ailo, Tatrota, Abniqta, Shatrina, Kalubtza, Tiltoi, Pirtsha91.

Mais pour en revenir aux deux Lilith, cette idée est mise en avant sous une forme différente par Hayyim Vital (1543-1620), un Kabbaliste de Safed et disciple principal d’Isaac Luria. Il explique que la « Lilith à la nuque raide » originale était le « costume », qui est l’enveloppe, la part extérieure et mauvaise d’Ève, la femme d’Adam. Mais il poursuit en disant, « il y a une Lilith encore plus externe (c’est à dire, plus mauvaise), qui est la femme de Samaël. » Par la suite, ce n’est pas clair, est-ce que Vital parle de la première ou seconde Lilith lorsqu’il dit que « c’était un ange qui a été chassé des cieux et qui a été nommé « la flamme de l’épée tournoyante »92, c’est à la fois un ange et un démon appelé Lilith. Et puisque la femme règne sur la nuit, et les démons aussi, elle est appelée Lilith (c’est à dire la « Nocturne »)93.

La notion selon laquelle Lilith règne la nuit remonte au Zohar où l’expression Biblique « terreurs nocturnes » (pahad ba-leloth)94 est explicitée comme étant : « Samaël et sa femelle », c’est à dire Lilith95. Ce qui est plus intéressant, cependant, dans la pensée de Vital, c’est qu’il voyait la Lilith et l’ange comme interchangeables, comme apparaissant une fois sous la forme de l’un, une fois sous la forme de l’autre, comme rendus tangibles par la flamme de l’épée tournoyante. Nous devons rappeler que dans des textes incantatoires de Nippur datant du VIème siècle de notre ère, le même numen est appelé une fois « Lilith Buznai » et une autre fois « ange Buznai »96. La même idée est sous-entendue dans un passage contenu dans la littérature Zoharique elle-même qui se lit : « Venez et Voyez : la Shekhina est parfois appelée la Mère, parfois la Femme-Esclave (c’est à dire Lilith), et parfois la Fille du Roi. »97

En d’autres mots, les circonstances déterminent si une seule et même essence divine féminine prend la forme d’un numen bon ou mauvais. Et, puisque les circonstances changent constamment, la déesse apparaît une fois comme bonne, une autre comme mauvaise. Dans une formulation différente de l’idée, Lilith apparaît comme la « nudité » de la Shekina, dont l’aspect prédomine à l’époque de l’exil d’Israël : « Lorsque Israël fut exilé, la Shekhina partit aussi en exil, et c’est la nudité de la Shekhina. Et cette nudité est Lilith, la mère d’une multitude mélangée. »98

  1. Cf. Genèse 36:39

  2. Jérémie 1:14.

  3. Cf. G. Scholem, Tarzbitz, vol. 5

  4. Cf. Scholem, « Kabbaloth R. Ya’aqobh weR. Yitzhaq. » Madda’e haYahaduth, vol. II, Jerusalem, 1927, pp. 251, 255, 255, 258, 260-1. Cette jalousie dans la famille des divinités mauvaises reflète celle que la Déesse Mère éprouve lorsqu’elle voit l’amour infini que Dieu le Père ressent pour leur fille la Matronite, cf. ci-dessus pp. 126-27.

  5. Cf. Genèse 28:9.

  6. Moïse Cordovero, Pardes Rimmonim, Cracow, 1591, Gate 25, ch. 5, p. 186d ; Gate 26, ch. 8, pp. 188d.

  7. Abraham Galante, Sefer Qol Bokkim, Venise, 1589, p. 15, aux Lamentations 1:5.

  8. Cf. ci-dessus, p. 227

  9. Emeq haMelekh, 140b.

  10. Genèse 3:34

  11. Hayyim Vital, Sefer Etz Hayyim, Koretz, 1784, p. 129d

  12. Cant. 3:8

  13. Zohar ii. 163b

  14. Cf. ci-dessus, p. 228

  15. Zohar Hadash Tiqqunim, Warsaw : Lewin-Epstein, no date, p.117a top.

  16. Zohar i. 27b

 Lilith la Jeune, qui a la forme d'une belle jeune femme de la tête au nombril, est un feu violent du nombril vers le bas

Lilith la Jeune, qui a la forme d’une belle jeune femme de la tête au nombril, est un feu violent du nombril vers le bas

Lilith : De Certaines Théories Juives

Par Baphomet (Aleister Crowley), extrait De Arte Magica

XIII

De Certaines Théories Juives

Parmi les juifs, il y a certains Initiés instruits en leur Qabalah qui maintiennent, ainsi que Nous le comprenons, que dans le Zraa ou la Semence réside une force créatrice inhérente que l’on ne peut ignorer. Ainsi disent-ils qu’avant qu’Eve ne soit faite, les rêves d’Adam produisirent Lilith, un démon, & que de ses relations avec elle les races du mal furent produites. Ainsi, minent-ils les Routes du Havre de l’amour conjugal avec beaucoup de restrictions ; comme celles-ci (1) il (l’amour conjugal) doit être un acte saint, précédé d’ablutions & de prières (2) toutes les pensées lubriques doivent être rigoureusement exclues (3) le but doit être seulement celui de la procréation (4) la bénédiction de Dieu doit être humblement invoquée, pour qu’ainsi l’enfant soit sous Sa protection particulière. Dans un autre langage, voici leur théorie : l’acte d’amour produit un désordre magique dans l’Ether d’Akasa d’une nature telle qu’il attire ou crée un esprit humain désincarné. Tout autre acte sexuel qui implique l’émission de semence attire ou crée donc d’autres esprits, incomplets & par conséquent malins. Ainsi, les pollutions nocturnes apportent des succubi, qui sont doués d’une existence séparée & qui peuvent vampiriser leur créateur. Mais des actes volontairement stériles créent des démons, & (si cela est fait avec concentration & une intention magique), des démons tels qu’ils peuvent favoriser cette intention. Ainsi, comme Levi en témoigne, pour greffer un arbre avec succès, le greffon est fixé par une femme quand l’homme copule avec elle per vas nefanum. Nous narrons également pour le bien de l’achèvement de leur méthode – perfectionnée par des Adeptes modernes – & faisons ici honneur & rendons grâce au nom de Notre Soeur-laïque Ida Nelidoff – pour atteindre l’extase spirituelle par des moyens sexuels. Et c’est cette méthode que Nous avons appelée la Lucidité Eroto-comateuse. De Arte Magica – Aleister Crowley

– 13 –

Ó Ordo Templi Orientis.
Pour le respect de la dîme.
NO- © Traduction Deus est Demon Inversus, mars 2002 e.v.
Pour l’Amour de tous Ceux qui Cherchent Librement.